Points de Repères, Repères de points

Dans le cadre des Résidences d’artistes organisées par L’Atelier Blanc (Villefranche de Rouergue) autours des six Bastides du Rouergue, Sauveterre-de-Rouergue accueil pour deux mois (Nov. 2016, Avril 2017) l’artiste plasticien David Lachavanne.

« Points de Repères, Repères de point » est un projet artistique à caractère participatif qui concerne six artistes immergés respectivement dans ces villes et villages du Rouergue, à la rencontre du territoire et de ses habitants.

L’objectif est la création d’une œuvre, issue d’une réflexion sur le patrimoine,  destinée à être exposée dans l’espace public. La notion de « démarche participative » est au cœur du projet.

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Vue de l'ancienne tour de guet des remparts de Sauveterre de Rouergue

Déroulement :
Novembre :
Je présente mon travail lors d’une vidéoprojection commentée, le Jeudi 03 Novembre  à 18h30 à la salle du four banal. Une vingtaine de personnes assiste à cette présentation. Un atelier (n°2 vacant) de l’espace Laperouse, pôle artisanale est mis à ma disposition. Je vais à la rencontre des habitants afin d’obtenir des histoires de tout ordre,  des légendes concernant le village, son patrimoine, et la vision qu’en ont ses habitants. La vitrine de l’atelier est utilisée comme support d’expression où je représente les différentes pistes de projet, les divers propositions des  habitants,ainsi que les histoires collectées.

Parmi elles, on retrouve, en vrac : L’histoire de ce fameux Comte de Laperouse dont la mère habitait Sauveterre, et qui aurait appris à nager dans les anciennes douves. La légende d’un souterrain partant du puits de la place centrale, et débouchant plus bas dans la forêt. Celle de la cloche du village se mettant à sonner toute seule et permettant de déjouer une attaque des Anglais, alliés des « routiers », durant la guerre de cent ans. Celle du pape caché, de la croix des rats, des ravages de la peste, de l’église qui a été reconstruite de l’autre côté des remparts (etc…)… Parmi les propositions personnelles des habitants, la réalisation d’un monopoly géant sous les halls couvertes, celle d’un abris à palabre façon pays Dogon afin de régler les différents des habitants sur la place centrale, celle de différentes structures artistiques évoquant le patrimoine de la Bastide…
L’installation d’une boite à suggestion, ainsi que la distribution de questionnaires (en libre consultation bientôt sur ce blog) concernant le projet, dans les principaux commerces du village permet à la population de pouvoir donner son avis de manière anonyme. Les rencontres et les échanges autours du pôle artisanal de l’espace Laperouse, les bars et autres commerces ont conservé une relative vitalité malgré la réduction du tourisme. Les habitants se montrent très ouverts et très réceptifs. L’endroit est idéal afin d’organiser ce projet de manière participative.

Des visites commentées par Christophe Evrard sont organisées dans les six Bastides. A Sauveterre, plusieurs personnes me permettent de découvrir le patrimoine. (visite du clocher avec J. L. Couderc, discussions autours de la maquette avec Claude Gineste.).
Six heures d’interventions à l’école primaire de Sauveterre sont organisées par «Aveyron Culture mission départementale». Il s’agit de plaques de plexiglass proposant le point de vue choisi par chaque enfant sur leur école. Un procédé simple d’armatures placées dans l’espace leur a permis de «décalquer» le réel. Ils ont ensuite peint ces plaques.

Les créations produites avec les enfants sont exposées dans la vitrine de l’atelier 2 à l’occasion du projet de calendrier de l’avant 2016. L’éclairage de la vitrine permettra de les mettre en valeur à la manière de vitraux (éclairées par l’arrière).

Avril :
Le mois d’Avril sera consacré à la réalisation physique du projet artistique.
La participation des habitants à la mise en œuvre sera encouragée. Plusieurs artisans sont intéressés poursuivre l’évolution de ce projet. Certains sont prêts à s’investir au côté de l’artiste afin de réaliser ce projet.

Le projet artistique

Thème retenu : Les puits de Sauveterre

A la différence des autres Bastides fonctionnant avec des citernes, ou utilisant l’eau des rivières, la position géographique et les particularités géologiques de Sauveterre, ont amené ses habitants à construire de nombreux puits.

Celui de la place centrale est l’objet d’interrogation des visiteurs de passage, mais aussi le support d’une légende qui perdure ; celle d’être le point de départ d’un souterrain permettant de s’échapper de la cité afin de rejoindre la forêt en contrebas du village.
L’ épicière me confie le rituel commun, des touristes s’avançant jusqu’au puits pour s’y pencher, et regarder à l’intérieur. Certains vont même de leurs crachats afin de mesurer la hauteur de l’eau. Quand à moi, je suis un peu déçu de ne pouvoir mieux discerner le fond du puits à cause du grillage de protection placé au dessus.

 

 

La place centrale de Sauveterre est particulière. Les caves, placées originellement devant chaque demeure communiquaient entre elles. La légende du souterrain persiste, malgré la visite d’un plongeur dans le puits central cet été 2016, qui n’a rien découvert de particulier, si ce n’est d’avoir pu effectuer les mesures précises de celui-ci.
Le mythe concernant le fait que l’on ai pu, un jour, y faire tourner des bœufs au fond, semblent s’effondrer…

Ma proposition :
L’installation artistique que je souhaite réaliser concernera ce puits central.
Je souhaite représenter cette vie souterraine fabulé. L’idée serait d’y placer une structure (face intérieure d’une forme sphérique) représentant à la manière d’un trompe l’œil en volume, par un jeu de perspectives, les profondeurs imaginaires du puits. La représentation de galeries, de voutes, d’escaliers, et peut-être de personnages (historiques?) s’inspirera des différentes histoires de Sauveterre, mais aussi de l’actualité.
A l’extérieur, j’interviendrais sur le portant en acier. Celui-ci servira de support à l’installation d’une girouette représentant un bateau. Elle actionnera une rose des vents placée au fond du puits.
L’allusion à l’histoire de ce fameux Monsieur de Laperouse, sera amenée par la représentation de son navire, «La Boussole» disparu au large des îles Vanikoro en 1788.

L’eau, l’Histoire et la liberté
L’installation artistique évoque à la fois l’histoire du cheminement de l’eau, sa mobilité, et sa permanence, ainsi que notre Histoire.
Présente sous différentes formes (liquide, solide, elle constitue aussi les êtres vivants…) l’eau circule sur toute la planète. Elle pu être à une époque source d’inquiétude car soupçonnée de véhiculer des maladies (peste…). Le vent, l’eau, le navire faisant allusion aux voyages et aux grandes explorations, actionne une rose des vent au fond du puits.
Les profondeurs de la terre, ses strates évoquent aussi notre passé ; L’Histoire sur laquelle nous nous construisons, notre patrimoine, sont les points de départ de cette installation artistique. Elle s’inspire du bâtit propre à Sauveterre (pierre, bois, colombage…). En nous tournant vers le sol, nous contemplons notre Histoire…
Je souhaite aussi faire référence à notre époque troublée de conflits, amenant des populations entières à quitter leur territoire pour survivre. L’évocation du souterrain, du passage caché permettant de se déplacer malgré les murs et les frontières, sera ici amené par la création de personnages ou de situations particulières.

 

Réalisation d’une maquette

montage copie

Essais sur un cône très évasé en zinc. Travail d’essais de perspective avec de la terre…

Retour à Sauveterre le 01 Avril

Les retrouvailles avec les habitants me permettent de nouveaux échanges constructifs sur ce projet. Elles se déroulent sous les meilleurs auspices.

De nouvelles mesures du puits déterminent la profondeur maximale de la coupole.

Réalisation du fond de la coupole. (Inspirée par les plans d’un four solaire).

 

Réalisation des personnages en terre cuite

Un partenariat s’établit avec Martine, ma voisine d’atelier céramiste. Son emplois du temps, assez serré en Avril, précipite la réalisation des personnages destinés à être placé au fond du puits, à l’échelle de la maquette / trompe l’œil…

Les temps de séchages, et de cuissons étant très long, je consacre le début de la semaine à la création de 5 personnages. J’apprécie énormément me replonger dans le modelage. (La perspective de pouvoir conserver ces pièces dans le temps, avec la cuisson est aussi très motivante!) J’essaie de respecter les techniques et les conseils de Martine. J’essaie aussi de m’imaginer la vision que l’en on aura depuis la margelle du puits (vue plongeante).

Ces sculptures représentent des personnages surchargés, avec bagages et enfants, en déplacement, en transit… Ceux que l’on appel de manière réductrice « les migrants », sont des gens ayant dû quitter leur territoire pour fuir différents maux… En transit au fond de ce puits, ils nous communiquent leurs émotions en échangeant avec le spectateur un regard, ou une attitude. Ces personnages sont inspirés par mon propre entourage. Je me projette dans cette fuite endurée, en m’imaginant la charge et la difficulté que cela doit représenter de tout quitter pour chercher un endroit plus accueillant, en n’emportant sur sois que l’essentiel permettant de survivre à cette errance.

Je laisse le soin à Martine de peindre et d’émailler les personnages, ainsi que la cuisson, et la maitrise de son four.

Construction de la coupole en zinc / suite

Un grand merci à Jean,  Rémi, Johann, Aglaé et Max pour les conseils techniques et autres « brainstorming » concernant la construction de la coupole…

L’accès à l’intérieur devient périlleux… L’assemblage en deux parties est une piste, ma propre suspension dans une balancelle afin de pouvoir travailler à l’intérieur, en est une autre…

Réalisation de l’armature en acier et grillage :

Réalisation d’un portant en bois sur roulettes, et d’une croix en bois. (Rigidité, solidité, accroche de déplacement…) Tapissage de l’intérieur du moule en zinc de plastique afin que l’enduit n’adhère pas dans les interstices.

Réalisation de la coupole en enduit

L’enduit est réalisé à partir de sable, chaux blanche, ciment blanc, résine, pigments et hydrofuge. Une équipe de l’association l’AJAAL vient me prêter main forte pour la mise en forme et la première couche d’enduit. (Un grand merci à eux!)

Un petit  frisson quand même au moment de refermer la porte d’accès opérée sur la structure en zinc et en grillage.

La coupole prend forme sur les conseils de Rémi. Lorsque la 1ère couche est sèche, nous tentons de la basculer au sol, afin que je puisse travailler l’intérieur… C’est déjà bien lourd mais ça tient!

Réalisation des voutes et des fausses pierres en enduits teinté.

Réalisation de pièce en acier sur mesure avec Jean D.  Pliage au chalumeau et soudures qui ont meilleurs allures que les miennes!

Pour plus de sécurité, et de praticité, nous choisissons de fixer la coupole directement sur la grille en fer forgé recouvrant le puits… La mairie me donne son accord.

Je décide de réaliser un « berceau » permettant de fixer la pompe se trouvant au fond du puits et l’éclairage de mon installation. De plus, celui-ci est une sécurité supplémentaire pour assurer cette pièce qui doit désormais peser plus de 200 kg.

Une nouvelle coloration des fausses pierres est réalisée à l’aide d’une éponge imbibée d’un mélange eau / pigments / résine.

Le berceau est placé dans le puits, la pompe est accrochée dessus. La pâte en acier est coupée, les tenons de la grille inférieure aussi.

Nous prenons la décision avec Rémi, Jean et Philippe C. de fixer la coupole directement à la grille du puits. Celle-ci est en fer forgée. Elle pèse environs une soixantaine de kilos, et nous semble très solide. La coupole sera boulonnée sur ces 4 pâtes d’acier à la grille.

J’opère ensuite les découpes dans la plaque de zinc, puis dans l’enduit des portes.

Deux d’entre elles seront destinées à un système d’éclairage (détecteur + lampes à diodes). L’ensemble doit être perméable. L’alimentation électrique pourra se faire à côté du puits. Une prise est déjà prévue pour le fonctionnement de la pompe.

Je rajoute 4 plaques de zinc pliées puis peintes afin de simuler 4 escaliers accédants au 4 voutes et donnant sur la coursive au fond du puits…

 

Viens ensuite l’étape du collage des personnages sur la coursive. Cela nous prends une soirée, nous en profitons pour baptiser cette installation.

Max, Jean, Martine, Lucie et Bastien s’impliquent autours de quelques bières afin de rechercher un titre. Entre trois bretzels, et deux jeux de mots pourris, on passe une bonne soirée. Nous échappons à : – « Les sangs coulés » « Tout ira bien… » « Au puits des songes. » « En marche forcée » « Flux » « Au fond, tous humain » « Eux, toi, nous, vous, tous » « Humain à l’eau » « aqua ça rime? » « Do not feed the migrants » « 100 vallées sans frontière » « Down again » « Errance espérance »  « Et puits les autres » « D’autres eaux » « Boussole » « L’inaccessible étoile » … Je choisis un titre qui me trotte dans la tête depuis le début de cette aventure, clin d’œil à une chanson d’Angelo Branduardi que mes parents écoutaient lors de mon enfance et que je réécoute avec un plaisir tout particulier en faisant quelques entrechats dans certaines soirées mondaines : « Là où le vent te mène » , originellement « Va où le vent te mène »…                                                                                           Je trouve qu’il représente à la fois l’errance fortuite et incontrôlé de ces personnes, contraintes à l’exil, l’idée d’exploration de ce fameux Mr de Laperouse  à bord de son navire L’Astrolabe, et l’ensemble de cette installation artistique, où l’action du vent (par le biais de la girouette) entre en résonance avec ce qui se passe au fond du puits, l’animation d’une rose des vents sans aucune légende apparente …

Le collage des personnages est très délicat. Le temps de prise n’étant pas celui annoncé sur l’emballage de la colle, il me faut caler les personnages avec des étais, l’attraction terrestre et la position de la coupole jouant contre nous.

Le temps de réaliser la rose des vents, la girouette, et son système de fixations démontable (afin de permettre le retrait de l’ensemble lors des accès hypothétiques à la pompe!), la découpe régulière du bord de la coupole (zinc + enduit), d’abord à sec et suffoquer de poussière, puis sur les conseils de Rémi mouillé (confort incomparable!), réalisé le joint reliant la coupole à la grille et l’ensemble est prêt à être installé.

Pour cause de dentiste, ce « spoutnik » attendra encore une nuit a l’extérieur de l’atelier ,la venue du conducteur de manitou.

 

Encore quelques frissons lors de l’installation dans le puits. Quelques réglages, le branchement de l’éclairage, l’ajustement du puits aux boulons, le raccordement de la girouette à la rose des vent et l’installation est en place.

Cartel présent sur place :

« Là où le vent te mène »
« Installation artistique de David Lachavanne / Résidence artistique « Points de Repères, Repères de points » / L’atelier blanc / œuvre participative / Avril 2017

Inspiré par le patrimoine local, ses légendes, la rencontre avec les habitants mais aussi par l’actualité, cette installation artistique, rassemble plusieurs thèmes au fond de ce puits. Objet central, historique et emblématique de Sauveterre de Rouergue, de nombreux témoignages interrogent ses mystères. Serait-il l’entrée d’un souterrain, la cache d’un trésor, y avait il de la vie au fond du puits, pouvait-on y faire tourner deux bœufs ? Et pourquoi faire ?
Il est avant tout l’accès à l’eau, partagée par toute la communauté du village. L’eau est très présente en sous-sol dans Sauveterre qui compte une trentaine de puits.
L’eau circule, plus ou moins librement selon ses formes, sur l’ensemble de la planète. Tantôt liant multiforme constituant les êtres vivants, alimentant les rivières, les puits ou formant des banquises, tantôt polluée, évaporée ou contenue, cela reste la même eau depuis l’origine du monde.
L’Homme circule aussi sur l’ensemble de la planète, plus ou moins librement selon son origine, son niveau social, son pouvoir d’achat… Des premiers explorateurs, aux touristes « globe-trotter » en passant par ces populations contraintes à l’exil pour des raisons de survie, ils forment tous la même espèce Humaine…
Se pencher sur le puits et engager une réflexion sur ce qui nous constitue, sur le respect à accorder à nos semblables, aux éléments naturels dont nous sommes issus, à notre passé, à leurs avenirs… »

Merci encore à tous les habitants de Sauveterre d’avoir participer de prêt ou de loin à ce projet participatif. Je remercie plus particulièrement Jean Dizengremel, Martine, Rémi et Johann, Max, Lucie, Gaëlle, Yves, Jules et les membres de l’association l’AJAAL pour leurs aides précieuses, ainsi qu’à Claude Gineste, Jean Louis et Philippe Couderc , à la municipalité, à Lejla, aux commerçants, spécial dédicace à Seb et Dudu (réunis ici comme un seul homme) et aux nombreux autres pour leurs conseils, et leurs soutiens dans cette belle aventure.

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